Mobilisation lycéenne
Il n’est de richesse que d’hommes
Cette formule de Jean Bodin, penseur du XVIe siècle, est plus actuelle que jamais. Elle vaut pour une nation comme pour un territoire.
Le feu a pris dans nos lycées. Le sens, lui, s’est éteint.
Le mouvement des lycéens et des étudiants nous interpelle, d’abord par sa forme. On ne brûle plus seulement des poubelles : on brûle des lycées. On ne manifeste plus seulement : on s’oppose à l’ordre, on résiste à la présence des forces de l’ordre.
Et pendant ce temps, la bataille des images fait rage.
Sur les réseaux sociaux et les chaînes d’information, les vidéos se succèdent et s’affrontent. Quelle vidéo aura le plus de vues, de « j’aime », de commentaires ? Celle où des jeunes incendient un établissement et cassent des voitures ? Ou celle où des policiers brutalisent un manifestant ?
Chacun s’indigne, condamne ou soutient, selon son camp. Dans cette compétition émotionnelle, une question a disparu : que demandent ces jeunes, au fond ?
Les revendications, les vraies, sont noyées sous les flammes et les algorithmes. Quand l’image la plus choquante gagne, c’est l’intérêt général qui perd.
Il fut un temps…
Je n’idéalise pas le passé. Les débordements ont toujours existé. Mais le chaos n’était pas le principe. Les mouvements lycéens et étudiants avaient des leaders, et ces leaders assumaient une responsabilité : encadrer, organiser, négocier, tenir leurs troupes.
Le mot d’ordre était simple : revendiquer pour construire, et non pour détruire.
Il était plus simple encore : étudier pour servir son pays.
Ces jeunes avaient compris qu’on ne change pas l’école en la détruisant. Un lycée brûlé n’est pas une revendication satisfaite, c’est un camarade de plus privé de classe, souvent le plus fragile, celui qui n’a pas d’autre endroit pour apprendre.
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Une ressource ne se gaspille pas
Disons-le sans détour : cette jeunesse est la ressource première du pays.
Une ressource se mobilise vers un but. Elle suppose une direction, un objectif, et une cohérence entre les actes et l’objectif. Or cette cohérence est aujourd’hui introuvable. La logique du chaos l’emporte, entretenue par ceux qui ont intérêt au désordre : récupérateurs, partisans du pire, marchands d’indignation. Ils ne se soucient pas de l’avenir de ces jeunes, mais de ce qu’ils peuvent en tirer.
Et soyons lucides sur un autre point : la colère de la jeunesse a des causes réelles. Elle est faite d’inquiétude sur l’avenir, de doute sur la valeur des diplômes, de sentiment d’être peu écoutée. L’ignorer serait une faute, la laisser se perdre dans le feu en serait une autre.
Ce qu’il faut faire maintenant
Pour redonner du sens à ce mouvement, il faut que l’intérêt général reprenne la main. Concrètement :
- Un cahier de revendications clair, rédigé par les lycéens et les étudiants eux-mêmes : ce qu’ils demandent, dans quel ordre, avec quelles échéances.
- Des représentants identifiés, capables de parler et de s’engager. Pas de négociation sans interlocuteurs responsables.
- Une charte de la manifestation : on proteste, on ne détruit pas ; on revendique, on ne s’en prend pas à l’outil même de son propre avenir.
- Un vrai débat public, avec les élus, les parents, les enseignants, les acteurs économiques, sur l’avenir de la jeunesse de notre territoire.
- Une réponse des pouvoirs publics à la hauteur : écouter, répondre, s’engager sur un calendrier, sans attendre que la rue s’embrase.
La priorité des priorités
Dans une République qui promet l’égalité des chances, la jeunesse doit être la première des dépenses publiques. Ce n’est pas une charge, c’est un investissement, le plus rentable qui soit.
Mais dans un monde en pleine transformation (numérique, emploi, transition écologique), l’Éducation nationale ne peut pas rester figée. Elle doit se transformer pour rester efficace et atteindre son objectif : former les adultes responsables de demain, pour leur propre émancipation et pour celle de leur territoire.
Conclusion
Jean Bodin le disait déjà : il n’est de richesse que d’hommes. Un territoire qui laisse sa jeunesse se perdre, dans la révolte stérile comme dans l’indifférence, se prive de son avenir.
Aux jeunes : votre colère est légitime, ne la laissez pas se faire voler. Soyez ceux qui construisent.
Aux adultes, aux élus, aux institutions : écoutons-les, avant qu’il ne reste plus rien à écouter.
Jocelyn Sapotille
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